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IMAMS D’IMPORTATION

Publié le, 06 mai 2008 par


Par Aftab Ahmad Malik, chargé de cours à l’Université de Birmingham


Bristol – S'il est bon et encourageant que le gouvernement britannique recherche une concertation avec les musulmans pour combattre le fléau de la radicalisation, la proposition qu'il vient de faire de recruter des imams modérés du Pakistan montre qu'il a encore beaucoup à apprendre.


Loin d'être des pépinières de radicalisation, ces mosquées ont déçu l'attente des musulmans britanniques précisément parce qu'elles ont employé des imams venus "du pays". Le résultat de cette démarche a été d'aliéner plus encore les jeunes musulmans, qui, de toute façon, sont de plus en plus étrangers à leur langue maternelle, celle qu'emploient pourtant une majorité d'imams.


Sans conteste, s'il existe des exceptions, il n'en reste pas moins que, malgré leur connaissance de l'islam, les imams "importés" n'ont généralement qu'une connaissance limitée des complexités de la vie séculière moderne et des difficultés auxquelles les jeunes musulmans doivent faire face. Il est très rare qu'ils s'efforcent de comprendre le climat politique ou de se donner les moyens de le faire, préférant se confiner dans les questions de piété et de foi.


Les jeunes extrémistes à qui je parle depuis plus de six ans, s'éloignant de plus en plus de cette démarche qui s'est désormais généralisée dans les mosquées, tournent leurs regards ailleurs pour acquérir les "valeurs" islamiques.


C'est ainsi que Hizb ut-Tahrir, mouvement dont le but est d'établir un califat islamique, a connu un succès phénoménal aux Royaume-Uni dans les années 90, non seulement parce qu'il s'attaquait à des problèmes très réels (quitte à proposer des solutions radicales), mais aussi parce que ses membres partagent la langue et la culture des musulmans britanniques. Ils parlent en effet couramment l'anglais, ce qui les démarque avec bonheur des imams et prédicateurs dont l'anglais n'est que la deuxième ou la troisième langue.

Si la majorité écrasante des musulmans du Royaume-Uni sont d'origine pakistanaise, rares sont ceux qui voient dans le Pakistan un guide religieux. Même les jeunes qui vivent au Pakistan ne se reconnaissent pas dans ce qui s'y prêche. De fait, le problème est que de nombreux jeunes vivant au pays se lassent de la façon dont l'islam est présenté et enseigné, nombre d'entre eux se bornant simplement à participer à la prière communautaire du vendredi.


D'ailleurs, si vous demandez à un jeune musulman d'ici de citer un érudit dans lequel il se reconnaisse et qu'il respecte, il vous donnera probablement le nom de convertis, qui sont pour ces jeunes des figures exemplaires à imiter. Il en va de même au Pakistan, où des enregistrements de contrebande montrant des Occidentaux convertis à l'islam se trouvent à tous les coins de rue.


En somme, les jeunes musulmans ont tendance à se tourner vers l'Occident, plutôt que vers l'Orient pour se donner une représentation rationnelle du monde et des défis dont ils ont hérité dans le monde d'après le 11 septembre 2001.


Bien que la controverse règne parmi les musulmans du Royaume-Uni, on pressent que le gouvernement se propose d'affronter l'extrémisme en contestant les connaissances théologiques et juridiques trop minces de ces jeunes radicaux. Mais ce n'est que la moitié de la bataille.


Affirmer que l'extrémisme des jeunes musulmans n'a qu'un rapport lointain avec la politique étrangère britannique, c'est nier l'une des causes premières de la radicalisation, c'est tuer dans l'œuf toute tentative de l'éliminer. Deux des kamikazes responsables des attentats de juillet 2005 ont laissé des messages enregistrés dans lesquels ils rendaient la politique britannique en Irak responsable de leurs actes – alors qu'un rapport de 2004 commandé par Tony Blair au ministère de l'intérieur et au ministère des affaires étrangères avait confirmé que l'Irak était un "sergent recruteur" de l'extrémisme.

On voit de plus en plus des musulmans prendre conscience des dangers internes de l'extrémisme et se dresser là-contre. Mais nos politiques doivent se rendre à l'évidence: en niant tout rapport entre une politique étrangère dépourvue d'éthique, d'une part, et l'extrémisme de l'autre, ils ne feront qu'attiser la colère de nos partenaires les plus importants, ils enrichiront l'arsenal des griefs et des injustices invoqués pour prouver que ce sont eux qui mènent une guerre contre l'islam.


Quoi qu'on pense de la ou des causes profondes de la radicalisation des jeunes musulmans, nous devons nous y attaquer tous ensemble, car la maladie ne fait pas de détail, frappant aveuglément musulmans et non musulmans. Accuser l' "autre" de tous les maux de la terre est chose facile. Mais de se mettre devant le miroir et de se livrer à une bonne introspection, c'est là la voie des prophètes.



* Aftab Ahmad Malik est chargé de cours visitant au Centre for the Study of Ethnicity and Culture de l'Université de Birmingham et directeur de publication de The State We Are In: Identity, Terror and the Law of Jihad (Amal Press). Article écrit pour le Service de Presse de Common Ground (CGNews), paru pour la première fois dans The Birmingham Post.


Source: Service de Presse de Common Ground, 29 avril 2008, www.commongroundnews.org