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Par Madame Micheline Calmy-Rey*, Présidente de la Confédération Suisse, Cheffe du Département fédéral des affaires étrangères.

Mme Calmy Rey souhaite un échange fructueux, riche en perspectives nouvelles sur les défis que pose un monde devenu multipolaire. Un plaidoyer fort à propos! ( Lire plus bas)

Le schéma classique d’un monde avec d’un côté les pays industrialisés et de l’autre les pays en développement est dépassé.

Des flux transfrontières de biens, de services, de capitaux, de connaissances et, dans une moindre mesure, de personnes tissent un réseau de plus en plus dense de liens d’interdépendance entre les États et leurs sociétés. À l’époque de la route de la soie ou du capitalisme naissant, la globalisation était plutôt « légère ». Elle l’était toujours dans la période d’après-guerre. Aujourd’hui prédomine une globalisation « dense ».

Ainsi le monde doit faire face à des défis décisifs. La mondialisation de l’économie, des technologies, des communications et des transports a fait apparaître des risques d’une ampleur sans précédent. Je citerai comme exemples la pauvreté et la polarisation sociale, la croissance démographique, l’instabilité des marchés financiers internationaux, le changement climatique et les altérations mondiales de l’environnement, la diminution de la biodiversité, la raréfaction des ressources naturelles, la viabilité des pratiques agricoles, l’équité du développement et les pressions migratoires.

Ces risques sont interconnectés et transcendent les frontières nationales. Ils accroissent l’interdépendance entre pays riches et pauvres. Ces risques de nature globale exigent que les États arbitrent entre exigences intérieures et extérieures. Et posent des questions.

La fin de la Guerre froide, l’intégration de presque tous les Etats dans un univers mondialisé et les progrès technologiques ont provoqué l’accélération de la croissance économique et une forte redistribution géographique. La part des pays industrialisés à la croissance économique mondiale a fortement décru, de 60 à 30 % entre 1981 et 2008, alors que celle de l’Asie, en particulier, a plus que triplé en quelques décennies. La Chine est devenue la deuxième puissance économique mondiale. L’OCDE estime qu’en 2030 les économies des pays en développement, y compris les pays émergeants, représenteront 60% du PIB mondial.

 Nous assistons à un changement rapide des cartes économiques et cette émergence n’a rien de surprenant, historiquement parlant: Avant 1800, la Chine était encore une grande puissance mondiale comme elle avait été, durant les siècles précédents, un des centres de civilisation et de politique du monde.

Si la renaissance économique de l’Asie est due en particulier au développement de capacités industrielles et de services modernes, d’autres régions du monde bénéficient de l’énorme demande de ressources, en particulier de pétrole et de gaz naturel, mais aussi de toute une série de métaux industriels importants et d’aliments destinés à une population mondiale en plein essor.

C’est le cas avant tout du golfe Persique et de la Russie, mais aussi de certains Etats latino-américains et africains.

L’Occident – autrement dit les Etats-Unis et l’Europe – jouit toujours du niveau de vie le plus élevé du monde, calculé au PIB par habitant. Cependant, la part relative des économies occidentales au produit social brut mondial diminue constamment. Cette tendance est encore renforcée par l’évolution démographique, qui affectera fortement l’Europe, en particulier. On estime qu’il y aura en 2050, pour chaque Européen, trois Africains et huit Asiatiques.

Depuis la fin de la Guerre froide, mais encore davantage depuis le tournant du millénaire, la carte géopolitique mondiale se redessine dans le sens d’une redistribution des pouvoirs.

Des Etats comme la République populaire de Chine et l’Inde montrent de manière toujours plus ouverte qu’elles veulent être traitées en futures puissances mondiales. La Russie fait son retour comme puissance continentale et une multitude de puissances régionales gagnent progressivement en influence. Sans prétendre en dresser la liste exhaustive, on citera le Brésil, le Venezuela, le Mexique, l’Afrique du Sud, le Nigeria, l’Egypte, l’Arabie saoudite, l’Iran, la Turquie, le Pakistan, l’Indonésie et la Corée du Sud. On assiste aussi à la montée en force d’alliances régionales en Orient et au Sud comme l’Organisation de la conférence islamique, l’Organisation de coopération de Shanghai, l’Association des nations de l’Asie du sud-est, l’Union africaine et Mercosur.

L’hégémonie ininterrompue de l’Occident dans l’économie et la politique mondiale, qui perdure sous différentes formes depuis le XVIII siècle prend fin.

 Le monde bascule-t-il ? Que signifient ces constats pour le continent européen et pour notre pays ? L’Europe a répondu à ces bouleversements par un processus d’intégration. Elle n’en affronte pas moins de très importants défis.

La crise liée au surendettement au sein de la zone euro et aux Etats Unis, avec la déprécation de la monnaie commune et du Dollar corrélée avec un ralentissement économique, illustre bien la fragilité des structures économiques des pays développés. Plusieurs pays européens et les Etats Unies ont fait appel aux investisseurs de pays émergents, particulièrement de la Chine, qui détiennent aujourd’hui les réserves monétaires les plus importantes, pour financer leurs dettes. Ainsi se créent de nouvelles interdépendances dont les effets, entre autres sur la géopolitique, sont aujourd’hui encore méconnus. L’exemple de la crise du surendettement nous rappelle que l’occident est placé devant des défis importants et que ce n’est que par la coopération, l’innovation économique et l’ouverture vers les nouveaux marchés des pays émergents que les solutions conformes à nos intérêts pourraient être dégagés.

Si les changements de rapports de force mondiaux conduisent indubitablement à des basculements politiques significatifs pour les pays industrialisés, la globalisation qui s’est accélérée ces dernières décennies a du fait de ses retombés économiques, politiques et sociales un potentiel d’impact déterminant.

Le schéma classique d’un monde avec d’un côté les pays industrialisés et de l’autre les pays en développement est dépassé.

Des flux transfrontières de biens, de services, de capitaux, de connaissances et, dans une moindre mesure, de personnes tissent un réseau de plus en plus dense de liens d’interdépendance entre les États et leurs sociétés. À l’époque de la route de la soie ou du capitalisme naissant, la globalisation était plutôt « légère ». Elle l’était toujours dans la période d’après-guerre. Aujourd’hui prédomine une globalisation « dense ».

Ainsi le monde doit faire face à des défis décisifs. La mondialisation de l’économie, des technologies, des communications et des transports a fait apparaître des risques d’une ampleur sans précédent. Je citerai comme exemples la pauvreté et la polarisation sociale, la croissance démographique, l’instabilité des marchés financiers internationaux, le changement climatique et les altérations mondiales de l’environnement, la diminution de la biodiversité, la raréfaction des ressources naturelles, la viabilité des pratiques agricoles, l’équité du développement et les pressions migratoires.

Ces risques sont interconnectés et transcendent les frontières nationales. Ils accroissent l’interdépendance entre pays riches et pauvres. Ces risques de nature globale exigent que les États arbitrent entre exigences intérieures et extérieures. Et posent des questions.

Comment disposer d’eau potable, de nourriture, de matières premières, de ressources naturelles et énergétiques en quantité suffisante et à un coût accessible pour répondre aux besoins de bientôt 7 milliards d’êtres humains ?

Comment rendre le développement équitable ?

Comment amener différents pays et différents groupes sociaux à respecter les limites écologiques ?

 Un quart de la population du monde consomme les trois quarts de ses ressources.

· À qui iront les ressources lorsqu’elles se feront rares, et à quoi seront-elles affectées ?

· Comment concilier une demande illimitée avec des réserves limitées de ressources naturelles ?

· Comment se présentera le débat sur la justice sociale au XXIe siècle?

Le développement économique durable, la préservation de la biodiversité, la sécurité alimentaire et la réduction de la pauvreté touchent à des biens publics mondiaux. Mener une action efficace dans ces domaines exige coordination transfrontalière, multilatéralisme et action collective transnationale.

 Dans la définition de leurs politiques et priorités, les responsables nationaux doivent de plus en plus élargir leur perception du bien public pour s’assurer que leurs décisions n’affectent pas d’autres nations. La perspective d’une « communauté mondiale de destin » ou d’une « société mondiale du risque » se concrétise de plus en plus, ouvrant la voie à de nouveaux modes de pensée.

Les négociations en cours sur la politique climatique montrent de manière frappante qu’une vision du monde enserrée dans le carcan des perspectives nationales peut conduire à une perception désastreuse des risques. Dans un monde d’interdépendances, les pays riches sont appelés à concentrer leur attention sur la rencontre et la superposition des risques, de la pauvreté, de la vulnérabilité et de la perte de dignité. Il est indispensable de changer de mode de pensée pour pouvoir négocier des droits et des responsabilités en termes de biens publics mondiaux. Une gestion des risques globaux allant à l’encontre des efforts de lutte contre la pauvreté ne saurait susciter les alliances nécessaires à son succès.

Nous possédons les technologies, les connaissances et les ressources financières pour surmonter les risques mondiaux. Mais en fin de compte, par exemple en ce qui concerne le climat, la question est de savoir si nous réussirons à combler le fossé entre des intérêts divergents et à créer un engagement d’intérêt commun. En matière de défis globaux, aucune autorité supérieure ne peut exiger de preuve ou imposer la redevabilité.

 · Qui décide de la nature des risques ?
 · Qui est responsable ?
· Qui détermine les critères de causalité ?

 · Qui décide des compensations à accorder aux groupes touchés ?

Pour permettre à la communauté internationale de répondre à ces questions et de concilier des intérêts divergents, il est primordial de mener un dialogue sur les normes et les valeurs.

 « Vous ne pouvez pas résoudre un problème au niveau où il est apparu ».

La remarque d’Albert Einstein prend une acuité particulière si nous considérons les défis que doivent relever les pays industrialisés, émergents et en développement pour mettre en œuvre des politiques destinées à assurer une croissance à faibles émissions de carbone et sobre en ressources.

Les infrastructures institutionnelles et culturelles de nos sociétés devront passer par des mutations comparables aux transformations subies pendant la première révolution industrielle. La transition vers plus de durabilité pourrait susciter des alliances avec des pays émergents pour l’adoption de systèmes énergétiques respectueux du climat. Les pays pauvres auraient ainsi la possibilité de construire leur avenir sans perturber les régimes climatiques, en évitant – du moins jusqu’à un certain point – la phase du développement fondée sur le recours aux énergies fossiles.

Les défis globaux sont susceptibles de nous affecter tous, riches ou pauvres. Nous vivons aujourd’hui dans un monde polycentrique, où les processus locaux, nationaux, régionaux et globaux sont liés. Dans un monde interconnecté, les décisions d’un État ont aussi des effets sur d’autres populations, et non pas seulement la leur. C’est pourquoi il faut à la fois renforcer notre modèle de gouvernance mondiale et le pluraliser. En ménageant une place, à côté des Etats nations, aux gouvernements locaux, aux agences multilatérales, aux acteurs transnationaux, aux forums d’affaires, aux organisations non gouvernementales, aux sociétés civiles et aux groupes de défense des droits de l’homme et de plaidoyer.

Pays européen par excellence, la Suisse demeure étroitement liée au sort de l’Europe. Ce fait s’inscrit dans notre géographie et dans notre histoire et il est déterminant. Ceci étant posé, la Suisse obéit aussi au principe d’universalité et se dote de nouveaux points d’appui solides au niveau multilatéral et bilatéral en dehors du continent européen.

La Suisse fait partie des pays fortement mondialisés. Elle gagne la moitié de son produit intérieur brut à l’étranger. La Suisse est mise au défi de contribuer, aux côtés des nouvelles puissances, à « façonner la mondialisation ».

La Suisse vit de la mondialisation tout autant qu’elle est ancrée dans ce processus. Il nous faut promouvoir activement nos intérêts politiques ainsi que ceux que nous avons dans le domaine de la coopération internationale et « apporter notre pierre à l’édifice de la mondialisation » en y imprimant nos impulsions spécifiques.

Les risques globaux influent fortement sur les perspectives de développement des pays pauvres et c’est justement pour cette raison que la coopération au développement de la Suisse doit trouver de nouvelles réponses aux problèmes liés à la pauvreté.

Et c’est pour cette raison que la Suisse a choisi de travailler avec certains nouveaux pays émergents pour, par exemple, mettre au point des solutions novatrices favorisant un développement peu gourmand en ressources. La Suisse soutient des mesures dans le domaine de l’efficacité énergétique et des énergies renouvelables.

Si cette collaboration permet d’élaborer de nouvelles solutions et de réduire les émissions, les pays et les personnes les plus pauvres en seront les principaux bénéficiaires. La Suisse et son environnement écologique en profiteront également.

La Suisse s'engage pour que les pays en développement aient davantage voix au chapitre dans la gouvernance des institutions de Bretton Woods, sur la base des réalités économiques. Elle encourage aussi les pays émergents à assumer de nouvelles responsabilités au sein de ces institutions, en contribuant par exemple à la mobilisation des ressources financières pour les pays les plus pauvres.

Ces efforts de la Suisse s'inscrivent dans la volonté de renforcer la légitimité des institutions financières multilatérales.

 Nous avons beaucoup à apprendre des bouleversements en cours. Nous avons aussi beaucoup à promouvoir : des valeurs, des destins et des intérêts communs.

Nb : * (Discours prononcé à l’occasion du 27ème Forum International Médias Nord Sud - Genève - lundi 10 octobre 2011)